En attendant le WTCR : Q&R avec Jordi Gene

2021-04-30T15:00:34+02:00avril 30th, 2021|2021|

Il s’est imposé en FIA World Touring Car Championship et en Formule 3000, a été pilote essayeur en Formule 1, a couru en prototype au Mans, parmi tant d’autres choses.

“Je n’ai pas couru à un tel niveau depuis cinq ans mais je n’essaie pas de trouver des excuses. Si je suis ici pour faire ça, alors je dois bien faire”.

Bien qu’il admette être dans les ” dernières années de sa carrière sportive ” à l’âge de 50 ans, Jordi Gené est prêt pour une saison 2021 pleine d’action, alors qu’il s’apprête à consacrer son énergie et son expertise – considérables – entre la PURE ETCR et le WTCR – FIA World Touring Car Cup dans une CUPRA Leon Competición équipée de Goodyear et alignée par Zengő Motorsport en tant que coéquipier de Mikel Azcona.

Vous n’avez pas participé à des courses de voitures de tourisme de haut niveau depuis quelques années, alors pourquoi revenir ?
“Principalement parce que j’aime vraiment les courses de voitures de tourisme. Et aussi parce que j’ai travaillé pour SEAT, et après cela pour CUPRA, depuis 2003, donc je n’ai pas cessé d’entretenir des relations avec la marque depuis lors. Cette année, nous avons un programme beaucoup plus intense entre la voiture du PURE ETCR et la voiture de WTCR. Avec la CUPRA Leon Competición, j’ai toujours été impliqué dans le développement, pas dans la course malheureusement. Lorsque Mikel a fait une très bonne saison l’année dernière et qu’il était clair que nous avions une bonne voiture, compétitive, la question était sur la table : pourquoi ne pas revenir à la course, essayer d’aider la marque, essayer d’aider Mikel et essayer de m’aider moi-même pour voir si je peux encore être compétitif avec une voiture de tourisme à traction avant.”

En combinant PURE ETCR et WTCR, vous êtes confronté à la perspective de passer d’un type de voiture à un autre, parfois le même week-end. Dans quelle mesure cela sera-t-il difficile ?
“Je ne dis pas que les voitures sont opposées car, au final, nous avons un volant et des pédales pour en tirer le meilleur parti. Mais ce sont des voitures très différentes avec des sensations très différentes en tant que pilote. Si vous ne courez qu’avec une seule voiture en un week-end, vous vous concentrez sur elle, vous avez vos points de référence et vous la maîtrisez. Mais le vrai défi viendra lorsque nous piloterons les deux voitures le même week-end. Ce n’est pas tout le temps, mais les week-ends où cela se produira, il sera intéressant de voir comment nous pouvons nous adapter aux deux voitures avec un temps si court entre chaque session.”

En plus du défi physique, il y a aussi le défi mental. Saurez-vous le relever ?
“Physiquement, j’essaie toujours d’être en forme, mais mentalement, ça va être un plus grand stress, bien sûr. Il va y avoir beaucoup de courses l’une après l’autre et vous devez changer vos références pour vos points de freinage, la façon dont vous ressentez la voiture est très différente avec le moteur à combustion, parce que vous avez la boîte de vitesses et des sentiments très différents en tant que pilote. Avec la voiture électrique, la vitesse d’entrée dans un virage est beaucoup plus élevée, donc tout est vraiment très différent d’une voiture à l’autre.”

Votre CV montre à quel point vous êtes polyvalent, cela ne va-t-il pas faciliter le processus de changement ?
“Ce n’est pas mon principal souci. Mon principal souci est que je n’ai pas couru à un niveau aussi élevé au cours des cinq dernières années. J’ai fait des essais, j’ai conduit les voitures mais je n’ai pas couru. Le week-end de course extrait vraiment des choses différentes du pilote, ce n’est pas seulement le pilotage, c’est la façon dont vous vous préparez pour le départ, pour la bagarre, pour faire le chrono en un seul tour pendant les qualifications. C’est vraiment ce qui m’a manqué, c’est sûr. Je n’essaie pas de trouver des excuses parce que si je suis ici pour faire ça, alors je dois bien faire dès le début. Mais c’est sûr que les trois ou quatre premières courses vont être un peu difficiles pour moi. En tout cas, la dernière fois que j’ai couru en TCR, en 2015, c’était un peu comme ça. J’avais arrêté la course pendant deux ou trois ans et la première moitié de la saison a été difficile, mais la deuxième moitié de la saison, je me battais pour les victoires en course avec Oriola, Comini ou Huff au final. Il faut du temps pour trouver ce rythme. Il y a deux ou trois dixièmes qui viennent tout seuls, mais c’est seulement quand vous êtes vraiment habitué que les choses viennent sans réfléchir.”

A quel point la compétition vous a-t-elle manqué ?
“Beaucoup, vraiment beaucoup, j’aime ça et j’ai fait de la compétition toute ma vie et ça me manque vraiment. Et quand je vois mes amis comme Gabriele [Tarquini] ou Tiago [Monteiro] à la télévision ou en regardant leurs résultats dans la presse, c’était un moment difficile parce que je souhaitais être là. Je les suis beaucoup et je me disais que je devrais être là, c’est ce que j’aime faire. C’est ma passion. Je sais que je n’ai pas 25 ans, j’en ai 50 maintenant et ce sont les dernières années de ma carrière sportive. Mais j’aime vraiment beaucoup conduire et cette sensation des week-ends de course. J’ai poussé pour cela et c’est une saison que j’ai vraiment hâte de commencer.”

Quel est votre objectif personnel pour cette année ?
“Je veux être compétitif, c’est mon principal objectif pour le moment. Je sais que dans les premiers tests que j’ai fait avec Mikel dans la CUPRA Leon Competición, il me manque encore un peu de vitesse, honnêtement j’ai encore quelques dixièmes à chercher sur un tour. Dans la CUPRA e-Racer, je pense que je suis plus compétitif et nos temps au tour sont très similaires pour le moment. J’essaie d’être de plus en plus rapide pour le WTCR, pas dans le rythme de la course mais lorsque je me qualifie ou que je monte de nouveaux pneus, parce que je manque d’expérience avec le pneu Goodyear, c’est un pneu que je n’ai jamais utilisé donc je dois apprendre toutes ces choses et je dois le faire si je veux bien faire. Et je ne veux pas être en fond de grille à chaque course. Je comprends que parfois je vais être plus devant, parfois je vais être plus en arrière, mais je veux être compétitif, surtout par rapport à mes coéquipiers. C’est un gros objectif car je pense que Mikel est probablement l’un des cinq meilleurs pilotes du moment.”

Selon vous, quelles sont les principales qualités de Mikel ?
“Il a beaucoup de vitesse, mais il acquiert beaucoup d’expérience maintenant parce qu’il a participé à de nombreuses courses et, cette saison, il a déjà fait 15 ou 20 journées d’essai jusqu’à présent. Il est tous les jours dans une voiture de course et fait trois championnats à la fois. Il est vraiment, vraiment rapide et il est très bon sur les courses parce qu’il ne fait pas d’erreurs et il est très intelligent. Ok, j’ai un peu plus d’expérience que lui dans le réglage de la voiture et son développement et ça va être bon pour la marque parce que vous avez quelqu’un qui est rapide partout et qui tire 100% de la voiture à chaque tour et j’ai l’expérience pour faire un très bon réglage. Si je parviens à améliorer un peu ma vitesse et à faire un bon réglage, alors je pense que nous aurons une très bonne équipe ensemble.”

Vous rejoignez Zengő Motorsport pour vos débuts en WTCR. Que savez-vous de l’équipe et de son bilan ?
“Lorsque j’ai rencontré Zengő Motorsport pour la première fois, c’était au tout début de la création de l’équipe, lorsque je courais avec SEAT en tant que pilote d’usine en WTCC et qu’ils débutaient en tant que privés. Mais l’amélioration et la croissance que Zengő a connues ces dernières années sont remarquables. L’équipe Zengő s’en sort très bien et de mieux en mieux. Je n’ai pas encore fait de tests avec Zengő, mais c’est l’une des meilleures équipes, ils sont très professionnels et j’espère que ce sera un avantage car cela nous prendra moins de temps pour nous comprendre afin d’extraire le meilleur de la voiture en moins de temps que les autres équipes.”

La Nordschleife est la première épreuve au programme du WTCR. Êtes-vous heureux de cette perspective ?
“J’aime le circuit parce que j’ai de bons résultats jusqu’à présent, mais en même temps, ce n’est pas le meilleur circuit pour commencer la saison avec peu d’expérience de course car la possibilité de faire une erreur et de finir dans les barrières est la plus élevée avec Macao. J’aurais préféré que ce soit la troisième ou quatrième course si j’avais pu choisir, car c’est très exigeant. Mais, en même temps, quand tout fonctionne bien, la récompense d’un bon tour sur la Nordschleife est unique, c’est fantastique.”

L’emblématique tracé urbain de Vila Real est un territoire inexploré pour vous. Apprenez-vous rapidement les circuits ?
“Cette année, il y a des circuits sur lesquels je n’ai jamais couru, Vila Real est l’un d’entre eux. Adria va être nouveau pour tout le monde, je n’ai jamais couru au Hungaroring, en Corée du Sud et en Chine non plus. Je connais la moitié des circuits sur lesquels nous allons courir, alors j’essaie de compenser en faisant un peu de simulation. J’ai un simulateur à la maison et j’y consacre toujours quelques heures dans la mesure où nous avons moins de temps d’apprentissage lorsque nous arrivons sur le circuit. Aujourd’hui, avec les nouveaux circuits, vous pouvez les apprendre un peu à la maison et cela prend moins de temps. Avant, il fallait une demi-journée pour bien piloter sur un nouveau circuit.”

Vous allez pouvoir courir à domicile, au MotorLand Aragón, cette saison. Cette perspective vous réjouit-elle ?
“Je n’ai fait que des essais au MotorLand. Mais quand vous courez à domicile, vous avez toujours ce coup de pouce supplémentaire. C’est intéressant et ce sera la première course où nous aurons le PURE ETCR et le WTCR en même temps.”

En prenant en compte votre passage en WTCC, quel est le rival que vous craignez le plus ou sur lequel vous voulez prendre votre revanche lorsque vous vous alignerez en WTCR cette saison ?
“Vraiment, il n’y a pas de sentiment revanche ! Le WTCR compte tellement de bons pilotes talentueux. Le défi sera de les battre tous. Ils sont tous très professionnels et il y aura un mélange intéressant de jeunes pilotes qui viennent des monoplaces avec une belle pointe de vitesse et de pilotes très expérimentés. Je vais rencontrer des pilotes qui sont mes amis à l’extérieur, mais à l’intérieur de la piste, ils vont tous être très coriaces comme Yvan [Muller] dans la Lynk & Co, Gabriele dans la Hyundai, ou Honda avec Tiago. Je vais avoir beaucoup de bons rivaux mais le premier rival que j’ai est Mikel dans mon équipe car il va être ma référence la plus proche et je sais qu’il va être extrêmement rapide.”